• Le 19/03/2026
      • L’INFIRMIÈR.E N°66/67 • MARS - AVRIL 2026

      • ANNE-SOIZIC GUION : « LE SOIN PASSE AUSSI PAR LE MOUVEMENT »
      • L’INFIRMIÈR.E N°66/67 • MARS - AVRIL 2026
      • Interview de Anne Soizic Guion dans le bi-mensuel L’INFIRMIÈR.E - L'exercice infirmier de l'hôpital au libéral | N° 66/67 | MARS - AVRIL 2026


        Ancienne coach sportive en salle de CrossFit, AnneSoizic Guion a fait évoluer sa pratique pour se consacrer à l’accompagnement de personnes atteintes de pathologies chroniques. Fondatrice de l’association Brest Sport Santé, dans le Finistère, elle développe une approche de l’activité physique fondée sur l’écoute, l’adaptation et le plaisir de bouger. Grâce à son engagement, elle transforme le mouvement en outil thérapeutique.

        Pouvez-vous revenir sur votre parcours et sur ce qui vous a amenée à créer Brest Sport Santé ?

        À l’origine, je travaillais comme éducatrice sportive dans une salle de sport, plus précisément en CrossFit. C’était un univers très orienté vers la performance, le dépassement de soi. Progressivement, j’ai commencé à m’y sentir à l’étroit. Je constatais surtout qu’il existait une forte demande de la part de personnes qui ne cherchaient pas à battre des records, mais simplement à bouger mieux, à retrouver des gestes fonctionnels du quotidien : se baisser, se relever, s’étirer, maintenir leur autonomie et leur qualité de vie.

        Le véritable déclic est venu d’un accompagnement très particulier. Je suivais une femme atteinte d’un cancer du sein, qui n’avait eu aucune pratique sportive auparavant. Ensemble, nous avons préparé son corps à la chirurgie, en adaptant les mouvements, en respectant ses limites et ses appréhensions. J’ai vu à quel point cette préparation physique pouvait être bénéfique, à la fois sur le plan corporel et psychologique. À partir de là, j’ai eu envie de proposer ce type d’accompagnement à d’autres patients.

        Je me suis donc formée au diplôme universitaire « Sport et cancer » à la Sorbonne, en 2020. J’ai ensuite fondé l’association Brest Sport Santé, initialement pour accompagner des personnes atteintes de cancer. Très vite, les demandes se sont élargies : maladies neurodégénératives, douleurs chroniques, troubles psychiques, burn-out. Pour compléter mon approche, j’ai suivi un diplôme interuniversitaire de santé intégrative et pratiques psychocorporelles, afin de proposer aussi de la relaxation, de l’automassage et des outils concrets de gestion de la douleur. Aujourd’hui, j’accompagne des personnes âgées de 24 à 80 ans, avec des problématiques fonctionnelles très diverses.

        En quoi l’activité physique adaptée se distingue-t-elle d’une pratique sportive classique ?

        La différence majeure, c’est l’accompagnement. Dans le sport adapté, il ne s’agit pas simplement d’enchaîner des exercices. Chaque séance repose sur un suivi individualisé, pensé pour permettre à la personne de reprendre confiance dans ses capacités physiques et psychiques. La méthode que j’ai développée et mise en place il y a trois ans associe des mouvements fonctionnels à des pratiques psychocorporelles ; le but étant de rendre la personne capable de répondre aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne.

        Cette approche, que j’appelle « ancrage thérapeutique par le mouvement » (ATM), débute toujours par un premier rendez-vous déterminant. Il prend la forme d’un bilan approfondi, au cours duquel on explore le rapport au corps, à l’activité physique, mais aussi les expériences passées, parfois négatives, voire traumatisantes. Je demande à mes futurs adhérents s’il s’agit d’une démarche personnelle ou d’une prescription médicale, quelles sont leurs peurs ou leurs douleurs. Autant de questions indispensables pour construire un accompagnement réellement adapté.

        L’objectif est de redonner confiance et de renouer avec le plaisir de bouger. Les séances se déroulent en groupe, le plus souvent entre 12 et 15 participants, sur des temps de 1 à 3 heures. Un format qui favorise la création de liens et la dynamique collective, tout en permettant un accompagnement attentif et individualisé. Depuis peu, une autre éducatrice m’a rejointe, ce qui permet de diversifier les propositions et de renforcer l’encadrement.

        La formation est absolument indispensable pour comprendre les pathologies ou connaître les effets secondaires des traitements. Tout cela contribue à rassurer les adhérents. Sur le plan du mouvement, mais aussi de l’intensité, l’adaptation est permanente. En cas de fibromyalgie, par exemple, il faut doser très finement pour éviter de raviver la douleur. On est dans une pratique attentive, évolutive, qui s’ajuste en permanence à l’état de la personne.

        Comment l’activité physique devient-elle, dans ce cadre, un véritable outil thérapeutique ?

        Activité physique adapté pour les séniors
        Activité physique adaptée

        Les effets sont multiples et souvent très concrets. Beaucoup d’adhérents me disent qu’ils ont diminué leur consommation d’antalgiques. On réintroduit du mouvement là où il n’y avait plus que de la douleur. Conséquence : le corps n’est plus perçu uniquement comme défaillant ou malade, il redevient une ressource.

        Je pense par exemple à une adhérente atteinte de sclérose en plaques, qui pratique une activité physique régulière depuis longtemps. Sa neurologue est impressionnée par ses capacités fonctionnelles. Le mouvement permet clairement de ralentir l’évolution de la maladie.

        Mais les bénéfices ne sont pas seulement physiques. Ils sont aussi psychologiques et sociaux. Une autre adhérente m’a confié que les séances lui avaient permis de retourner au cinéma, de ne plus avoir peur de sortir de chez elle, de reprendre plaisir à s’habiller. Après des épreuves personnelles très lourdes, son appartement était devenu une sorte de refuge. Le fait d’avoir un rendez-vous régulier, un groupe, une écoute, a été déterminant. Aujourd’hui, elle me dit se sentir en meilleure forme qu’il y a dix ans.

        Après chaque séance, je prévois toujours un temps d’échanges, au moins dix minutes, pour accueillir les questions, les craintes, ou simplement la parole. Ce lien et cette disponibilité font partie intégrante de l’effet thérapeutique.

        Quelle place le sport occupe-t-il actuellement dans le parcours de soins, et quelles évolutions souhaiteriez-vous voir émerger ?

        Le sport gagne progressivement du terrain dans le parcours de soins, mais ce n’est pas encore suffisant. La question de la sédentarité reste centrale. Pratiquer une activité physique régulière dans le quotidien pourrait éviter de nombreuses problématiques de santé, et cela mériterait d’être davantage expliqué aux patients.

        Depuis environ un an, notamment au moment de l’annonce d’un cancer, les médecins parlent davantage d’activité physique à leurs patients. Ils les encouragent à bouger, leur expliquent pourquoi c’est important et intègrent de plus en plus cette dimension au parcours de soins, en s’appuyant sur les nombreuses études qui en montrent l’intérêt.

        En revanche, la question du financement reste un frein. Certaines mutuelles prennent en charge une partie des séances, mais la Sécurité sociale, pas encore, malgré quelques exceptions obtenues au prix de démarches très lourdes. Au sein de l’association, nous essayons de proposer des tarifs les plus inclusifs possibles et de développer des partenariats, par exemple avec France Parkinson 29. À terme, j’aimerais pouvoir travailler sur le quotient familial pour renforcer l’accessibilité.

        L’enjeu majeur reste la continuité. Il faut encourager les personnes à maintenir une activité physique sur le long terme, même après la maladie. L’idéal serait qu’elles puissent ensuite s’orienter vers des pratiques qu’elles aiment, y compris en milieu sportif « classique ». Cela suppose de former davantage les éducateurs, pour que les personnes se sentent rassurées au départ.

        Enfin, je crois beaucoup aux partenariats entre hôpitaux et structures sportives. Certains établissements mettent en place des sorties de groupe, de la marche, voire des activités collectives pour les adolescents ou les patients suivis en santé mentale. À Brest, il y aurait vraiment matière à formaliser davantage ces passerelles, pour que le sport devienne, pleinement et durablement, un pilier du soin.

        Propos recueillis par Éléonore de Vaumas

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